Poésie en Somme

Charly Dodet

Automne

 

Les jardins déjà se vident

Et les champs sont labourés.

Quand la campagne se ride,

Il est bien fini, l’été.

 

La température en baisse

Attriste un ciel incertain.

Le brouillard au matin laisse

Traîner son voile sans fin.

 

Tous on a le même geste

En regardant l’horizon.

Elle est là, c’est manifeste,

Voilà la morte-saison !

 

On ne pourra s’y soustraire,

Il fait rallumer le feu

C’est peut-être temporaire,

Octobre peut être mieux…

 

Fougueux, le vent et la pluie

Ont volé les pièces d’or

Dont les arbres, par magie,

S’étaient parés sans effort.

 

Les nuages s’obscurcissent

Le ciel se fâche et il tonne.

Les beaux jours s’évanouissent :

Où est-il le bel automne ?

 

Charly Dodet, 2017

Charly Dodet

J’ai demandé au vent

 

J’ai demandé au vent

De te parler de moi

Et t’envoyer souvent

Ses nuages de soie.

 

Et je serais content

S’il imitait ma voix

Pour te dire en sifflant

Que je rêve de toi.

 

J’ai demandé au vent

Qu’il me parle de toi,

Que les nuages blancs

Soient un reflet de toi.

 

Et j’écoute souvent

Dans la bise et le froid

Tout ce qui claque au vent

Et dit : rappelle-toi !

 

Charly Dodet ©

Charly Dodet

Jusqu’à l’ivresse

 

Oui, j’irai jusqu’à l’ivresse

Chante le désespéré

Regardant de détresse

Le verre qu’il vient de vider.

Et il parle, et il chante

Lui qui ne fait jamais ça.

Plus il parle et plus il chante

Comme s’il faisait la java !

Oui, j’irai jusqu’à l’ivresse

Pour te serrer dans mes bras.

Seul, on rêve de maîtresse,

De la fille qu’on n’a pas.

Et l’on pense être plus fort

Pour lui déclarer sa flamme

En se saoulant sans remords

Jusqu’à oublier la dame.

Oui, j’irai jusqu’à l’ivresse

Celle des mots que l’on dit

Quand on cherche avec tendresse

A être aimé et compris.

Car la vie est une insulte

Sans amour et sans caresses

Et l’on veut, jeune ou adulte,

Vous aimer jusqu’à l’ivresse.

 

Charly Dodet, 2018

Charly Dodet

Amour, amour, amour

Ne rime pas toujours

Si bien avec toujours

Que l’ dit le troubadour.

 

Des regards et des mots

Qui sont parfois de trop

Et puis après, les larmes,

L’argument qui désarme.

 

Tout ce que l’on regrette

Et que l’autre interprète

Ce qu’on ne voudrait pas

Avoir dit : des faux pas …

 

Et pourtant, chaque jour

Pour prouver à l’amour

Qu’aimer, c’est bien trop court,

On s’enflamme, on accourt.

 

Et elle vous croit, Monsieur,

Vous l’emmenez aux cieux

C’est son plus beau séjour

L’amour, l’amour, l’amour.

 

Charly Dodet

Charly Dodet

A l’amour

 

Oui, pour un rien, je m’enflamme

Pour te déclarer ma flamme

Mais je n’y arrive pas,

Même blotti dans tes bras.

 

L’amour, c’est pas si facile

C’est une fleur si fragile

Tantôt tendre puis subtile

Un caprice versatile.

 

Pour déclarer son amour

Pas besoin de longs discours

Sois sincère et sans détours

Ouvre ton cœur chaque jour.

 

Charly Dodet

Charly Dodet

Rien que du vent

 

J’ai fait une lettre à ma blonde

Sur les nuages en lettres rondes.

J’ai appelé le dieu Eole

J’ai soufflé pour qu’elle s’envole.

 

En peu de mots on peut tout dire

Quelques nuages ont pu suffire

Et le cœur n’a plus qu’à choisir

Selon ses plus ardents désirs.

 

Car dans cette lettre à ma blonde

Selon ma pensée vagabonde

Au gré de ma plume frivole

Sont nées des images un peu folles.

 

Comment pourrais-je vous traduire

Ces mots de brume qui s’étire

Avant que, pour les lui offrir,

Le vent ne fasse tout périr ?

 

J’ai fait une lettre à ma blonde

Sur les nuages en lettres rondes.

Pas d’enveloppe ni de colle

Rien que du vent, les mots s’envolent.

 

Charly Dodet  ©

Charly Dodet

L’hiver

 

Je n’aime pas l’hiver

Quand il détruit l’ultime rose du jardin,

Celle qu’on n’attendait plus, éclose soudain.

Elle a gelé hier !

 

Je n’aime pas l’hiver

Et la bise glaciale qui vous fige au matin

Avant que le soleil n’apparaisse sans teint

Un jeu jaune, un peu vert.

 

Je n’aime pas l’hiver

Qui guète vos sorties pour vous frigorifier

Qui s’insinue partout jusqu’à vous statufier.

Il est bien trop pervers.

 

Pourtant … j’aime l’hiver

Quand il repeint en blanc les forêts et les champs

Quand scintillent sur le sol tous ces cristaux touchants.

Irréel univers.

 

Oui, j’aime bien l’hiver

Que je puis regarder derrière ma fenêtre.

Qu’il neige à gros flocons… La rue peut disparaître…

Mais au chaud, bien couvert !

 

©  Charly Dodet, 2017

Charly Dodet

Printemps

 

                        Il ne faut pas couper les ronces dans les haies

                        Si, au printemps, tu veux cueillir des églantines

                        Et, au bord des sentiers, on trouve bien des baies

                        Que l'on ne connaît pas et que nos pas piétinent.

 

                        C'est le temps des parfums qu'embaument les champs

                        Le lilas défleurit, le foin fane au soleil.

                        Ces senteurs profondes, du matin au couchant,

                        Courent, vagabondes, nous tiennent en éveil.

 

                        Quand renaît la nature, nous retrouvons aussi

                        Une énergie en nous qui nous porte aux nues.

                        Le cycle des saisons atténue nos soucis.

 

                        On entend les oiseaux et l'on s'en va chantant

                        Si tôt que l'hirondelle est enfin revenue.

                        Aucune autre saison n'est semblable au printemps.

Charly Dodet

Pour ne pas tomber…

On ne marche pas à deux

Comme on le ferait tout seul.

Les chemins sont dangereux

Même à l’ombre des tilleuls.

C’est qu’on veut vivre au soleil

Et mépriser les dangers.

On néglige les conseils,

On a soif de voltiger.

Mais les plus beaux chemins,

Ceux que l’on prend volontiers,

Où l’on va main dans la main,

Vous feraient un croche-pied !

Méfiez-vous des cailloux

Qui traînent sur les sentiers.

Ils peuvent comm’ des jaloux

Vous faire choir tout entier !

Amie, serre-moi la main,

Pour te protéger, mes yeux

Préviendront, sur le chemin,

Des passages rocailleux.

Pour que ta route soit belle,

Que nous nous aimions sans peur,

Je jouerai les sentinelles

Chassant les cailloux trompeurs.

Allons donc main dans la main,

Il ne peut rien arriver

Car je connais le chemin.

Contentons-nous de rêver.

 

Charly Dodet, 3.10.2018

Charly Dodet

Un véritable hiver

 

Il a neigé pendant trois jours

La neige couvrit les labours

Puis les prairies et les chemins.

Toujours plus haut, le lendemain.

 

On ne voyait passer personne

Le temps devenait monotone

A regarder les gros flocons

Qui s’écrasaient sur le balcon.

 

Que c’est triste l’hiver lorsque

Le silence grandit et que

Le temps paraît s’être arrêté

Sur une blanche immensité.

 

Comme des dunes éphémères

Ont formé de grandes congères

Qui recouvraient tout jusqu’au toit

De la vieille remise aux bois.

 

Croyez-moi, je n’ai pas rêvé.

Ce que je dis est arrivé.

Ce n’était pas comm’ maintenant

C’était hier, j’avais onze ans !

 

Charly Dodet

Jean-Pierre Gilles

Hommage à Simonne Themlin artiste peintre et poétesse

 

Voici un personnage

aux accents truculents.

Singulière dans le paysage

par ses nombreux talents.

Elle, soucieuse de l'avenir,

tire les leçons d'un lourd passé.

Elle a connu le pire,

exercé tant de métiers.

L'artiste prolifique

manie le verbe et le pinceau.

Ses toiles magnifiques

font un clin d'œil à Rousseau.

Quelques œuvres sublimes

surgissent de sa mémoire.

La frénésie qui l'anime

honore le terroir.

Cet héritage nous est précieux.

Merci pour l'amour qu'il parsème.

Sourire aux lèvres, l'œil malicieux,

votre existence est un poème !

 

                                                                       à  Simonne Themlin, artiste pittoresque.

                                                                                                                                                                Jean-Pierre Gilles  

 

Charly Dodet

Retour à la campagne

 

            La ville a ses contraintes

            Qui plombent ses atouts:

            La liberté restreinte

            En étant près de tout.

           

            Comme une transhumance

            A la fin de l'été,

            J'éprouve - joie immense -

            Le graal du retraité!

           

            Car quel bonheur en somme

            De revenir chez soi

            Dans ce havre qu'on nomme

            Des plus beaux noms qui soient.

           

            Découvrir la lumière

            Qui éclaire les champs,

            Cette paix singulière

            Du matin au couchant.

           

            L'anonymat des villes

            est un monde sans joie

            Le village rutile

            Où chacun se tutoie.

           

            Pour une vie plus saine,

            Celui qui le perçoit

            Devrait choisir sans peine

            De revenir chez soi.

Michèle Hizette

L’hiver nous apprend

le langage des papillons.

Celui qu’on ne comprend jamais.

Il traverse la vie endormie

ainsi que des paupières sommeillant.

L’hiver, les papillons

dansent dans les arbres.

On les avait oubliés.

 

La nuit s’étire

dans une peau cicatrisée d’étoiles.

 

Les arbres se sont déracinés

face contre terre.

Ils respirent à peine.

Leur destin prend le large

et s’inspire du journal du ciel

où les chemins amoureux s’entrecroisent.

Ces chemins à corps perdu

dépassent les cimetières

où des portes claquent

dans des vents délétères.

 

Extraits du recueil : entre ciel et terre. 2018.

Michelle Hizette

André Schévers

Les Vieux

 

Les ans, les mois, les jours

Sous la houlette du temps

Ont poursuivi leur parcours

 Dans le soleil, l’hiver, les vents

 

Et nous voilà, nous les vieux

Rêvant toujours sous le croissant

Où nous jouions à qui mieux

Joyeux, canailles, exubérants

 

Le clocher qui nous abritait

Où se fendaient bises et giboulées

Est toujours là, satisfait

Symbole d’une époque périmée

 

Qui dira les maintes fortunes

Les deuils, les joies, les aventures

Qu’a vues un vieux rêveur de lune

Qui en chantant nargue l’usure

 

Et cependant qu’un peu perclus

Traînant la jambe, l’œil terne

Illuminés par notre lanterne

Ne nous avouons pas vaincus

 

Sous le poids des ans, moins adroits

Enfants d’un merveilleux terroir

Dans nos maisons avec leurs vieux toits

Puisons amour et espoir

André Schévers

Valse

 

Je danse, danse, danse

Je valse, valse, valse

 

Aspiré par le tourbillon je m’envole

Dans la gamme j’entends le sol

 

La musique m’émerveille

Mon ami est le soleil

 

Une mélodie flotte dans l’air

La boîte à musique joue son air

 

Quelques notes encore dans le silence

C’est le temps de la danse

 

Tout mon corps est frénésie

C’est l’extase de la vie

 

Dans la lueur du jour

Le monde n’est qu’amour

 

C’est une danse à mille temps

La quiétude pour cent mille ans

 

Les étoiles illuminent notre amour

Je marche à tes côtés pour toujours

 

Je descends de la voie lactée avec sérénité

J’apprécie et j’aime ta simplicité

 

Tu seras ma fée

Et puis avec toi je retournerai danser

André Schévers

Vendange

Terre, enserre, enterre

Cep, pep, sep

Vigne, ligne, aligne

Cépage, taillage, découpage

Bourgeon, surgeon, drageon

Raisin, rupin, divin

Vendange, engrange, louange

Gamay, tokay, chardonnay

Elevage, cuvage, affinage

Embouteillage, bouchage, étiquetage

Dégustation, classification, évolution

Généreux, nerveux, onctueux

Capiteux, séveux, pâteux

Charpenté, équilibré, étoffé

Canaille, charme, souple

Aimable, noble, tendre

Quart, salmanazar, balthazar

Ivresse, allégresse, caresse

Adoration, fulguration, modération

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